L’oratorio de Noël, ou les trous de la conscience…
Le théâtre Jean-Duceppe nous convie, jusqu’au 24 mars, à la nouvelle création du dramaturge québécois Michel Tremblay, L’Oratorio de Noël.
Tremblay se penche, dans cette nouvelle oeuvre, sur la maladie d’Alzheimer. En effet, le personnage central de la pièce, Noël, ex-“plus grand neuro-chirurgien de Montréal”, est aux prises avec cette terrible maladie. Lui qui connaît les profondeurs du cerveau, qui le connaît sous toutes ses coutures, il assiste, impuissant, à la déchéance de son propre cerveau, ce même cerveau qui a fait de lui ce qu’il est devenu: un homme respecté et admiré dans tout le milieu de la médecine.
Cette déconstruction des souvenirs à laquelle on assiste tout au long de la pièce est sans aucun doute un prétexte pour l’auteur pour sombrer dans les thèmes qui lui sont chers: la famille dysfonctionnelle, les problèmes de communication, tout le monde qui parle beaucoup, mais personne qui ne s’écoute vraiment… Des parallèles apparaissent évidents avec certaines oeuvres antérieures de Tremblay: À toi, pour toujours, ta Marie-Lou… et Le vrai monde plus particulièrement.
Les personnages se déclinent ainsi: Isabelle, la fille de Noël, à 17 ans, à 25 ans et au temps présent (environ 40 ans), Jean-Sébastien, le fils de Noël, à 15 ans, à 25 ans et au temps présent (environ 40 ans) et Jacqueline, l’ex-femme de Noël, à l’âge de leur mariage, à l’âge du divorce et au temps présent. Souvent, dans la tête de Noël, cette panoplie de personnages lui parlent tous en même temps sans qu’il ne puisse faire de distinction entre le présent et le passé, entre qui est réellement là et qui n’existe que dans sa tête.
La mise en scène de Serge Denoncourt est simple et dépouillée, tout comme la scénographie et les costumes. Il est d’ailleurs difficile de comprendre pourquoi tant de sobriété, alors que l’oeuvre déploie une dose de complexité dans la forme qui nécessiterait peut-être un peu plus d’inventivité pour nous y donner un accès plus aisé, pour clarifier le tout un peu.
Pour ce qui est de la distribution, Raymond Bouchard, en Noël, nous offre une performance subtile, intense, forte et intelligente. La charge émotive que le texte nous envoie par contre ne nous bouleverse jamais vraiment. Les autres interprètes font un très bon travail, bien que les acteurs semblent avoir été dirigés de façon un peu unidimensionnelle selon l’âge de leur personnage.
L’Oratorio de Noël, une incursion dans le cerveau de Noël et dans le coeur d’une famille dysfonctionnelle comme seul Tremblay puisse les créer.

