La pièce de Bertolt Brecht et Kurt Weill jouera jusqu’au 11 février à l’Usine C et met et vedette une distribution d’enfer: Sébastien Ricard, Kathleen Fortin, Jacques Girard, Céline Bonnier et Sharon James, pour ne nommer que ceux là. La mise en scène est signée Brigitte Haentjens et la direction musicale assurée par Bernard Falaise. On peut lire sur le site de l’Usine C que parmi une faune bigarrée, qui mêle vrais et faux mendiants, policiers corrompus, escrocs et prostituées, se détache la silhouette inquiétante de Mackie le couteau. L’ultime frasque de ce bandit habitué des bordels ? Avoir épousé sans cérémonie la fille de Jonathan Jeremiah Peachum, qui règne en maître sur le commerce de la mendicité. Décidé à ne pas céder sa Polly à un gendre si peu recommandable, Peachum engage une guerre sans merci contre Mackie. Menaces, délations, trahisons et tentatives de corruption entourent l’affrontement des deux hommes, qui dépasse vite le différend personnel pour s’élargir à la société tout entière. La pièce, certainement la plus grinçante des comédies musicales, a été créée en 1928. Brecht y met en scène une communauté joyeuse mais impitoyable, où le crime est la norme, la moralité une étourderie, le mensonge un moyen parmi d’autres d’exploiter son prochain.
Revisitant cette fable mythique, Brigitte Haentjens et son complice, l’écrivain et traducteur Jean Marc Dalpé, délaissent le pittoresque des bas-fonds londoniens pour transposer l’action à Montréal en 1939. Leur adaptation mordante souhaite renouer avec la férocité originelle de l’œuvre et faire retentir le chaos d’un monde où, comme le dit Brecht, « celui qui rit n’a pas encore reçu la terrible nouvelle ».

